(Partie 1)
Plusieurs éléments montrent qu’el ibâna n’a pas subi les transformations qui
nous permettraient de jeter le discrédit dessus ou pour le moins, la suspicion
sur son authenticité ; en voici les principaux :
Premièrement : Les différents exemplaires existants de
l’ibâna sont similaires les uns les autres au niveau de l’ordonnancement des
chapitres, le choix du vocabulaire, des questions soulevées, et ne dénotent
aucune contradiction sensible entre elles.
Deuxièmement : En comparant ces fameux exemplaires de
l’ibâna qui sont répandus aujourd’hui aux passages que les savants anciens ont
puisé dans ses premiers manuscrits, les « révisionnistes » se
rendront compte que leur similitude est accablante.
Le Hâfizh el Baïhaqî a reproduit une section entière de l’ibâna dans son ouvrage el i’tiqâd(p. 114) qui
est copie conforme avec les exemplaires imprimés. Le même constat est fait avec
ibn ‘Asâkir qui a retranscrit plusieurs sections de l’ibâna dans son tabyîn kadhib el muftarî (p. 152-162). Que dire de l’hérésiographe ibn Taïmiya qui reprend maints
passages de l’ouvrage d’Abû el Hasan.[1] Même chose pour son élève ibn el Qaïyim,[2] mais aussi e-Dhahabî.[3]
Troisièmement : Mieux, il y a une ressemblance
accablante entre l’ibâna et les dernières œuvres d’Abû el Hasan, comme maqâlât el islâmiyîn et risâla ilâ ahl e-thaghr. Tous reprennent le crédo des
traditionalistes avec la même similitude.
Or, il est faux de dire qu’un livre est
falsifié sous prétexte qu’il existe quelques divergences ou nuances sur le
choix de certains termes, d’une version à une autre. D’autant plus que ces
divergences en question n’altèrent en rien au sens général du texte ou de la
phrase et ne se contredisent nullement. Ces nuances sont pratiquement
naturelles et sont propres à tous les livres qui connaissent dans leur
composition plusieurs copistes et plusieurs manuscrits. Lesahîh el bukhârî lui-même n’est pas épargné par les différences relevées entre les
manuscrits. Nous pouvons en dire autant pour les sunan et les masânid. Est-il vraiment nécessaire de le
rappeler, mais aucun livre d’inspiration humaine n’est épargné par cette
critique, c’est pourquoi on parle de l'infaibillité du Coran.
Nos deux auteurs contribuent à véhiculer
ce jugement sur l’ibâna en disant : « Les exemplaires divergent sur l’œil
d’Allah : il est parfois au singulier et parfois au duel. » Ils essaient ensuite de
trancher partialement entre les deux termes. Leur choix s’est porté sur le
singulier sous prétexte qu’il serait plus conforme au Coran, à la sunna et aux paroles des anciens. Or, leur
argument est bien loin de la réalité, mais ce qui nous intéresse ici, c’est
qu’Abû el Hasan lui-même ne leur concède pas ce choix, pour le moins aléatoire.
Plusieurs raisons permettent de le dire :
1 – Le duel est conforme au crédo des
anciens. Dans sa réfutation à el Mirrîsî, e-Dârimî établit : « Concernant l’interprétation (ta-wîl dans le sens de tafsîr : explication ndt.) des paroles du Messager d’Allah (r) : « Allah n’est pas
borgne » ; il nous apprend qu’Allah est doté de la vue et qu’Il a deux Yeux,
contrairement au borgne. »[4] Ibn Khuzaïma pour sa part, il est l’auteur de ces paroles : « … Le Prophète (r) montre ainsi qu’Allah a deux
Yeux. Cet éclaircissement est conforme au Coran (muhkum e-tanzîl).[5]
2 – El Ash’arî utilise également le duel
dans ses autres livres. Il dit notamment dansmaqâlât el islâmiyîn, en explication à la croyance
traditionaliste : « Il a deux Yeux conformément au Verset [qui vogue sous nos
yeux(au duel)].[6] »[7] Sous la section : la divergence sur l’œil, le visage, la main, etc. il explique : « Les traditionnistes (ashâb el hadîth) ont dit : nous nous contentons de
dire comme Allah le Tout-Puissant, ou les paroles rapportées par le Messager
d’Allah (r). Nous disons donc qu’Il a un Visage
sans faire de description (bi lâ kaïf), deux Mains et deux Yeux sans faire de
description. »[8]
Il explique également sous la section : voici quelques narrations de la
tendance en général des traditionnistes et des traditionalistes (ahl e-sunna) : « Il a deux Yeux sans
faire de description conformément au Verset [qui vogue sous nos yeux(au duel)].[9] »[10]
Par ailleurs, Abû el Hasan considère qu’en reniant cet
Attribut (les deux Yeux d’Allah), lesmu’tazilites s’éloignent des traditionalistes. Il dit notamment en parlant de la
tendance mu’tazilite : section : leur tendance
sur l’œil et la Main : «Certains d’entre eux reprochent de dire
qu’Allah a deux Mains et reprochent de dire qu’Il a deux Yeux. »[11] Il
est évident que lui-même reconnait cet Attribut. Que nos deux auteurs n’aillent
pas dire quemaqâlât el islâmiyîn a également été touché par la main de
l’homme !
3 – Les premières grandes références
ash’arites reconnaissaient cet Attribut (les deux Yeux d’Allah) au même titre que leur maître spirituel. Le plus
connu et le plus représentatif d’entre eux s’incarne en la personne d’Abû Bakr
ibn e-Taïb el Baqallânî, l’auteur des paroles suivantes : « Allah affirme qu’Il est doté de Noms et
d’Attributs… » Après avoir énuméré certains
Attributs, il poursuit : « Les deux Yeux que le Coran considère
clairement comme un Attribut et que confirment les annales venant du Messager (u) communément
transmises. Allah dit notamment : [et que tu sois élevé sous nos yeux].[12] »[13]
Ainsi, l’un des adeptes les plus
illustres d’el Ash’arî reconnait les deux Yeux, et ne se contente pas d’en
reconnaitre un seul.
4 – Cette divergence entre les termes n’est
pas nouvelle. Elle existait déjà dans les anciennes versions de l’ibâna qui servit de sources pour les savants. Ibn ‘Asâkir utilise le singulier
dans sa version qu’il utilise pour tabyîn kadhib el muftarî. Tandis qu’ibn Taïmiya rapporte le duel
de la version qu’il utilise dans ses livres.[14] Ibn el Qaïyim rapporte également le
duel.[15] Cela démontre que la différence entre
les exemplaires de l’ibâna n’est pas un phénomène nouveau.
Ibn Taïmiya retranscrit même des
passages de tabyîn kadhib el muftarî d’ibn ‘Asâkir qui s’inspire de l’ibâna. Il utilise également ici le duel.[16] Ibn el Qaïyim reprend également
l’expression au duel en s’inspirant d’ibn ‘Asâkir.[17]
5- Il n’y a aucune contradiction entre le
terme singulier et le duel. Le singulier est en effet utilisé pour exprimer le
genre, dans le sens où Allah est doté de l’œil, pour désigner qu’Il a deux
yeux, de la même façon qu’il est doté de la Main, pour désigner les deux Mains.
À suivre…partie 2 ici
Traduit par :
Karim Zentici
[1] Voir : naqdh e-ta-sîs (p 63-85), majmû’ el fatâwa (3/224-225), (5/93-98, 168-178), bayân talbîs el jahmiya (1/420-422), (2/10-26, 348-349).
[2] Hâshiya ‘alâ tahdhîb e-sunan (13/35-36), mukhtasar e-sawâ’îq (2/169) dans lesquels il rapporte les
textes qui parlent de la Main d’Allah, ijtimâ’ el juyûsh el islâmiya (182-190).
